Tu es à un repas de famille. Ton oncle porte soudain les mains à sa gorge, le visage qui vire au rouge. Ou alors c’est ton collègue qui s’effondre en pleine réunion. Ou ta fille qui se brûle sur la plaque de cuisson.

Dans ces trois secondes-là, personne ne va chercher son téléphone pour lire un article de blog. Soit tu sais quoi faire, soit tu regardes.

En France, on forme mal aux premiers secours — beaucoup moins bien que nos voisins européens. Résultat : la majorité des témoins d’un accident restent figés, non par indifférence, mais parce que personne ne leur a jamais montré, concrètement, les trois ou quatre gestes qui font la différence.

Cet article ne remplace pas une formation. Mais il peut faire la différence entre “je ne savais pas quoi faire” et “j’ai au moins essayé quelque chose”.

Avant le geste : la logique PAS

Les secouristes professionnels raisonnent toujours dans le même ordre, quelle que soit la situation. Cette logique s’appelle PAS, et elle mérite d’être gravée quelque part dans ta tête — au sens propre, avant même de connaître le moindre geste technique.

Protéger. Le danger qui a blessé la première personne peut te blesser aussi : voiture qui arrive, fil électrique à nu, fuite de gaz. Un regard rapide autour de toi avant d’agir n’est pas une perte de temps, c’est ce qui évite d’avoir deux victimes au lieu d’une.

Alerter. Le plus tôt possible, et avec les bonnes informations. Trois numéros à connaître par cœur :

Donne ton adresse, décris ce que tu vois, et reste en ligne — le régulateur peut te guider geste par geste si besoin.

Secourir. Seulement après les deux premières étapes. C’est là qu’interviennent les gestes détaillés plus bas.

Les situations qui arrivent vraiment

Quelqu’un s’étouffe

Il porte les mains à sa gorge, ne parvient plus à parler ni à tousser. Le cerveau ne tient que quelques minutes sans oxygène, donc chaque seconde compte.

Penche la personne légèrement en avant et donne cinq claques fermes entre les omoplates, avec le plat de la main. Si ça ne suffit pas, passe à la méthode de Heimlich : place-toi derrière elle, un poing fermé juste au-dessus du nombril, l’autre main par-dessus, et exerce des pressions brèves vers toi et vers le haut.

Si elle perd connaissance à un moment donné, allonge-la au sol et commence un massage cardiaque (détaillé juste après) en appelant les secours si ce n’est pas déjà fait.

Une hémorragie qui ne ralentit pas

Compresse directement la plaie — avec une compresse, un tissu propre, ou simplement ta main s’il n’y a rien d’autre sous la main. Appuie fort, sans relâcher pour “vérifier”. Si tu peux, surélève le membre blessé au-dessus du niveau du cœur.

Un objet planté dans une plaie (couteau, éclat de verre) fait souvent office de bouchon. On ne le retire jamais — ça peut aggraver l’hémorragie d’un coup. On stabilise autour, on n’y touche pas.

Dans les cas les plus graves, où la compression ne suffit pas sur un membre, un garrot posé au-dessus de la plaie peut être nécessaire. Note l’heure de pose : c’est une information que les secours te demanderont.

Un arrêt cardiaque

La personne ne réagit à rien, ne respire pas ou émet des sortes de râles irréguliers (des “gasps”). C’est la situation où le massage cardiaque change tout.

Place tes deux mains l’une sur l’autre, au centre de la poitrine, bras tendus. Appuie fort et vite — entre 100 et 120 compressions par minute, sur 5 à 6 centimètres de profondeur. Continue sans t’arrêter jusqu’à l’arrivée des secours, ou jusqu’à épuisement complet.

Schéma position des mains pour massage cardiaque et position latérale de sécurité

Si un défibrillateur automatisé externe traîne à proximité — dans un hall d’entreprise, une gare, un centre commercial — utilise-le sans hésiter. L’appareil te guide vocalement à chaque étape ; aucune formation préalable n’est nécessaire pour s’en servir.

Chaque minute sans massage cardiaque fait chuter les chances de survie d’environ 10%. C’est, très concrètement, le geste qui sauve le plus de vies en France chaque année.

Une brûlure

De l’eau, rien d’autre. Tiède à fraîche, jamais glacée, pendant 15 à 20 minutes minimum. Retire bijoux et vêtements près de la zone avant que ça ne gonfle, et ne perce jamais une cloque.

Le beurre, le dentifrice, les pommades “maison” : oublie tout ça, ça ne fait qu’aggraver les choses. Direction les urgences si la brûlure est étendue, touche le visage, les mains, les organes génitaux, ou si la peau prend un aspect carbonisé ou blanchâtre.

Une personne inconsciente qui respire normalement

Elle ne réagit ni à ta voix ni à une stimulation, mais respire sans difficulté apparente. Mets-la en position latérale de sécurité : sur le côté, tête légèrement inclinée vers le bas, jambe du dessus repliée pour la stabiliser. Cette position l’empêche de s’étouffer avec sa langue ou d’éventuelles vomissures. Reste à côté et surveille sa respiration jusqu’à l’arrivée des secours.

Ce que la lecture ne peut pas t’apprendre

Tu viens de lire comment faire un massage cardiaque. Tu ne sais pas encore le faire. Ce n’est pas un manque de compréhension — c’est que le bon rythme, la bonne pression, ça se sent avec les mains, pas avec les yeux sur un écran.

La bonne nouvelle, c’est que combler cet écart prend deux heures et coûte souvent zéro euro. La sensibilisation “Gestes Qui Sauvent” dure 2 heures et est proposée gratuitement dans de nombreuses communes, associations et entreprises. Le PSC1 (Prévention et Secours Civique niveau 1), plus complet, dure 7 heures et est dispensé par la Croix-Rouge, les pompiers et diverses associations agréées partout en France.

Et depuis 2020, la loi protège explicitement tout citoyen qui porte secours de bonne foi — le fameux statut de “citoyen-sauveteur”. Concrètement : tu ne risques rien juridiquement pour avoir essayé d’aider, même si le geste n’était pas parfait.

Un geste imparfait, tenté à temps, vaut toujours mieux qu’aucun geste. C’est probablement la seule chose à retenir vraiment de tout cet article.

Sources : Croix-Rouge française, Ministère de l’Intérieur — Sécurité civile, SGDSN.

Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace en aucun cas une formation aux premiers secours ni un avis médical professionnel. En cas d’urgence vitale, appelez immédiatement le 15, le 18 ou le 112.